POÈMES A LIRE







Poème de Grog (Pierre Crochard) :
"à mon avis, qui pèse pas lourd
la scène est un espace sacré
qu'on y brille ou bien qu'on s'y gourre
là n'est pas le débat d'idées
quand quelqu'un se foire sur les planches
il y en a que ça émeut
pas moi, si je les entend chevroter la voix blanche
j'ai surtout mal pour eux
mais je sais qu'ils ne sont pas là en touristes
et c'est ça qui me rassure
j'espère les voir refaire un tour de piste
en y usant à nouveau leurs chaussures
coutumier de la maladresse
je postillonne et je bégaie
dans la lumière je serre les fesses
je me trompe souvent mais je réessaie
l'évolution me donne de l'entrain
et le surplace m'ennuie
j'aime ceux qui tracent leur chemin
où qui tentent de jours en nuits
parfois à s'en arracher les tifs
de s'essayer à l'artistique
mais je n'ai qu'un soupir pathétique
pour le branlomane végétatif
qui s'en fout dès qu'il ouvre la bouche
de ce qu'il dit, de l'auditoire
pourquoi est-il venu ce soir?
Autant scander tout ça dans sa douche
je suis pour qu'on ouvre la scène
mais pas qu'on la désacralise
qu'on y dise ses joies, ses peines
qu'on y performe, qu'on y lâche prise
mais qu'on prenne cette agora
pour un vulgaire paillasson
non, regardez ceux rassemblés là
ils sont venus, par hasard, par passion
c'est ce qu'on appelle un public
ou on essaye d'y faire attention
ou on les prend pour crottes de biques
pourquoi montez-vous sur cette estrade scènique?
je vous pose la question....
qu'on y ricane comme une hyène
qu'on y croasse tel un merle
je pense que quand on entre dans l'arène
c'est pas pour enfiler des perles
avant j' avais l'envie
maintenant, je vais pointer
quand l'écoute se tarit
je m'en trouve éreinté
je regrette la saveur
d'une récente époque
où mes belles ardeurs
ne tombaient pas en loques
et il me semble bien
que je ne suis pas seul
sous un rire enfantin
à tirer une sale gueule"

Photo par Vincent, juste Vincent


Poème de Alice Ligier :
"il y a des chaines centenaires
et toutes celles que l'on arrache.
la force de la scène nous amène
vers des gens à qui l'on s'attache.
les années passent et la pudeur
tombe légèrement sous leur poids.
un dernier geste dans la sueur
fait oublier quand il fait froid...
les années passent sur les peurs
celles qui nous glissent entre les doigts.
entre deux rencontres improbables
près d'un café et d'un caddie,
je redeviens impressionnable
Ma main tremblante alors inscrit
vos rides, vos mots et vos voyages..
Dans ma chair, ils deviennent frisson...
Un bout de moi et du vacarme à l'intérieur de ma maison.

Je sens l'aiguille et le tricot
la mère et même le vers de trop
je sens la poussière du radeau
je sens l'impair et les absences
je sens la guerre dans la trans...
Tous ces arts sans artifices
forment un feu sans bénéfice.
quand la passion passe avant nous...
Tomber sans finir à genou
Car il y a des chaines centenaires et toutes celles que l'on arrache
Reste la beauté de la scène
Près des gens à qui l'on s'attache...
Pour encore joindre les deux bouts...."


Poème par le Bon Slamaritain :
L’Âme et L’Insouciance (acrostiche)

Unis vers ces âmes en fleurs et leurs trésors
Nés de bulles et de bouteilles bues à l’aube,
Imaginez les fils enchevêtrés des corps,
Vénus, scintillant d’étoiles sur sa robe
Enrobant les saisons d’espace et d’espérance…
Resplendissante aurore austral, cieux à l’essence

Saignée dans le granit, quatre veines à blanc,
Libres mots, libre monde, ellipse et paraboles
Alunissent face à terre au gré des aimants.
Météores zélés, Satyre et farandoles,
Désir de dire son ire, avec élégance
Echanger des mots crus, moqueries… et silences…

Planant au firmament d’âmes cosmopolites
Ouvertes sur les autres, les astres, les cœurs
Etiolés… Noctambule épopée mais aux rites
Sidérant Cicéron et Cyrano… Sans peurs
Ils titillent leur Muse, et défiant les sciences
Esquissent l’une… y versent l’âme et l’insouciance…